{Texte} Ce qui a brûlé

Et le noir du café n’a plus le même goût.
Poser des mots là-dessus, ne saurait égaler la beauté de ce qui a été pris.
Rares sont les matins comme celui-là, un matin où
la douceur de ce qui a brûlé,
n’appartient qu’à moi.
La nuit je mens.

Le liquide fraîchement filtré a pourtant tout du café. Est-ce ma bouche tarie de mots et de baisers qui ne savoure plus les choses de la même manière ? Où le jour qui s’offre tout autrement ? Je prends des trains à travers la plaine.
Épuisée par ces heures sans sommeil, assise à la grande table, mes deux mains serrent la faïence brûlante de la tasse, les yeux dans le vague, encore perdus dans les pelures de la nuit. Les premiers déballeurs investissent petit à petit la ville et ouvrent déjà les portes arrières de leurs véhicules blancs stationnés dans le froid. Un homme porte de lourds filets de pomme de terres qu’il dépose sur des palettes en bois. Non loin, une femme, le visage à demi-caché sous les grosses mailles d’une écharpe, enflamme un morceau de papier journal qu’elle glisse entre de grosses bûches de bois placées dans le foyer d’une rôtissoire. Sous les halles, toutes sortes de pommes roulent sous les larges mains rouges, et prennent place sur les étals inclinés, dans un camaïeu de couleurs automnales. Ce matin-là, le café coule dans ma bouche, dans ma gorge, avec la fluidité d’une eau de source désaltérante. Je sais la boisson chaude et corsée. Je sais sa quotidienne amertume. Ce jour, elle est miel.

On m’a vue furie, bonne-sœur, amie;
mère, écrivaine, femme d’esprit;
objet de désir, amante, capitaine au gouvernail d’un lit filant vers les bords d’un tout où tout est possible.
On m’a vue dormir, écrire, consignant chaque parole, chaque geste, chaque sensation dans la mémoire de chaque cellule de mon corps nourri.
Grilleuse de gigots, petit panier, maraîchère…

La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine.
La nuit je mens effrontément.

Texte librement inspiré de « La Nuit je mens » Alain Bashung -Jean Fauque …
chanson qui me reste dans la tête, avec fondant…

 

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