{Texte} La Cabane #10

Tu me demandes deux fois ce qui m’amène. Tu veux voir si je réponds les deux fois la même chose. Je ne sais pas te dire bonjour. Je préfère jouer les tempêtes, volubile, brasser de l’air dans les pièces de ton appartement et, me poser soudainement comme le papillon sur la fleur, la tête contre le sud de ton torse, je suis tellement petite.
Je me souviens comme j’ai laissé les bulles mourir dans la porte de mon frigo, comme
glisser l’un vers l’autre tenait à si peu de choses, comme
je me suis essoufflée et même comme
j’ai voulu inventer une cabane.
Je me souviens aussi comme tu restais incorruptible comme
tu m’as fait mal et comme
j’ai dû faire sans.
Être près de toi. C’est tout.
Parler lorsque la parole vient, accueillir les silences, les sentir. Écouter les horizons entrouverts pour un instant seulement, les mots qui dansent, ceux que je ne préfère pas croire ou pour lesquels je lève les yeux au ciel pour la forme – cela t’énerve – prendre ça : les « mon amour » balancés sans préavis foudroyant tout; les baisers, les prendre aussi, même s’ils s’écrasent sur mes lèvres pour les taire et détourner mon attention. Prendre tout, prendre la nuit, ne rien espérer d’autre. Être près de toi, voilà ce qui m’amène, c’est pour cela que je suis là.

A 5h, je me suis éveillée dans ton lit, tu dormais sur le côté. Je me suis approchée de ton dos, j’ai embrassé ton épaule, tu as gémi. Je t’ai ordonné de ne pas bouger. Je me suis rhabillée, je partais.
Et même s’il est dur de laisser là le bonheur et la couche chaude, je crois, je ne suis pas faite pour que tu me trouves au réveil.
Même si j’ai froid, nue sous ma robe noire, que je frissonne dans ta salle-d’eau en replaçant ma coiffure, je sais que j’aimerais infiniment ce moment d’infinie liberté où, remplie de toi, j’ouvrirai la porte de ton immeuble sur la fraîcheur immaculée de l’aube imminente. Là, je prendrai place au volant de ma voiture et dans mes veines coulera l’énergie de 10 hommes même si je n’ai pas dormi. Bien sûr je jetterai un coup d’œil derrière mon épaule droite – la dame blanche, on ne se refait pas – et rassurée, je prendrai de nouveau la route, celle de la course du soleil, pour voir l’astre ce soir s’éteindre sur cette mer qui a si souvent calmé mon cœur seul et désolé.

Atelier d’écriture – Ce texte a été écrit dans l’herbe normande, le 23 juin, à partir d’une photographie

Il complète la série Cabane, qui sait ? Pour un recueil un jour ? Les autres textes sont lisibles sur ce blog

2 réflexions sur “{Texte} La Cabane #10

  1. Merci Claire pour ce beau texte plein de sensualité, de sentiments et de belle liberté. Continue. Excuse-moi de ne le découvrir qu’aujourd’hui. Mais j’étais très en retard dans ms courriels. Je te souhaite un très bel été. Au plaisir de te revoir. Guy

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