{Texte} La Cabane #9

Février, Coutainville, plage du centre, franc soleil inespéré, les chiens se précipitent sur les balles qui rebondissent et roulent sur l’estran humide. Le ciel s’est fait grande bleue, la mer est loin. La foule, sortie de nulle part et d’hibernation, s’amasse sur la promenade, déambule de la cale au Passou, du Passou à la Pointe d’Agon, par delà les mielles. Il faut dire que l’hiver est long, et gris, et pluvieux, et que le moindre rayon de soleil se savoure, tout autant que les petites miettes de toi. Il faut dire que j’ai beau avoir mis beaucoup d’air, toujours le bleu appelle le bleu, et je reviens à la mer. Il est vrai que furtivement, plusieurs fois, je t’ai regardé – et tu m’as regardée « quoi ? » – c’est que je me demande encore, après tout ce temps, ce qui rend ton regard aussi bouleversant. Happée, j’ai détourné la tête pour revenir à la raison, ne pas plonger et, j’ai resserré mes genoux sur ma poitrine. Mais tout est bien là. Toujours. Le ventre noué, la maladresse, le souffle trop court, le pouls explosif. Toujours les corps se souviendront. La cabane. Et j’ai froid. Les hommes remontent des parcs, debout sur les remorques. Les chiens courent toujours, aboient après leurs maîtres qui ne renvoient plus la balle. Tous ces vieux couples avec de petits chiens hargneux… Je ne sais pas ce qui est le plus déroutant. Comme toujours, il y a l’appel de la mer, l’appel de ce que pourrait cacher l’horizon et le cœur. Comme toujours rien ne se prononce. L’étoffe de mon vêtement coincée dans la fermeture, tu m’aides à m’en dépêtrer, respire peut-être mes cheveux au passage. Je pars, ma petite victoire autour du cou. J’ai mal à la gorge. Sibylline je t’accorde une étreinte. « Tu m’as manquée. »

« Mais je ne suis pas de retour. »

Les textes de la série La Cabane, fictifs, sont la propriété de Claire Larquemain et résultent d’un processus créatif de prose poétique, autour d’un thème récurent.

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2 réflexions sur “{Texte} La Cabane #9

  1. Coucou Claire, J’adore..! Souvent j’ai envie de te laisser un com, mais je n’arrive pas à me connecter, et je t’avoue que j’abandonne.. ( et je suis sûre que je ne suis pas la seule) Bisous sinon et à très vite Alice

    Alice Bertrand Photographe Le Brulis des Forges 35 380 Paimpont – 06 61 57 15 42 –

    reportages – portraits- édition http://www.alicebertrand.com – & mariages

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