{Texte} La Cabane #7

Il y eût de belles journées de soleil comme autant d’échappées à la mer.

Les mains à 10h15 braquant brusquement le véhicule et le corps dans un autre chemin. L’instinct, l’envie et le panneau « La plage ». Suivre tout. Sans se poser de questions.

Il y eût de longues marches solitaires, les chevilles dans l’eau, les dunes plantées d’oyats au loin, à distance, la cabane encore dans la tête.

Oui, vraiment, il y eût de belles journées de soleil en mai comme en juin. C’est drôle comme plus personne aujourd’hui ne s’en souvient.

Et puis l’été nous est revenu. Incertain et plein de promesses. J’ai fabriqué des rêves comme des forêts, contemplé les feux du 14 juillet entre les ramures d’un grand arbre nuit. J’ai souhaité si fort, si fort l’impossible que l’univers défié, m’a prise au mot. J’ai gardé pour moi un peu de l’odeur du halage, de ces ronds dans la Vire, de francs sourires. J’ai pris encore de ces lignes d’horizon, – shoot de contemplation – depuis la blondeur du monde, là où se mêlent écume, mémoire, mots d’Américains, chevauchées et nuées d’oiseaux gourmands. Assise-là au bord de nos émotions, j’ai retrouvé mon souffle et j’ai dans ma tête commencé lentement le démantèlement de la cabane. Point de boulet de démolition. Mes mains. Pour arracher mentalement, une par une chaque planche, abattre murs et toit, regarder les souvenirs gésir sous les amas de poussière et de bois. Pour respirer. Faire le choix d’une toute nouvelle vie en buvant un rosé italien. Rêver. Pas trop fort certes mais rêver quand même. Tout recommencer là, à Omaha sans rien édifier. Les dunes ici sont prises par les morts.

Août est devenu bien gris, bien humide, bien orageux. Il y aura d’autres belles journées de soleil. Je me console de roses, de « Prince de Lu », de mots qui dansent. Ça m’aidera à passer septembre puis l’hiver. Mon été est roche contre cyclone, forces nouvelles amalgamées; il est bas de jean’s mouillé, rire niais, gisement de moules épuisé, falaises haguaises, Espagne, trône de fer. Il est invincible été.

Réparer les vivants De Kerengal
Extrait de Réparer les Vivants de Maelys De Kerengal

2 réflexions sur “{Texte} La Cabane #7

  1. Un invincible été!
    J’adore…
    Tout est écrit en douceur … Le changement, l’envie de recommencer et de vivre de nouveaux rêves à nouveau…
    Bonne rentrée!💋

    J'aime

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