[Texte] La Cabane #5

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Il a écrit , « désormais, le chant du coucou est perturbé… » et rien d’autre. Nulle explication. Un message. Pour ? Rompre le silence ? « Tu cherches toujours à comprendre tout » lui dirait-il. Alors elle aurait ce sourire un peu étrange, énigmatique, ce sourire, qu’elle fait comme ça, les yeux dans le vague, sans dire mot, ce sourire qu’il aime, même s’il ne le comprend pas. « Pourquoi souris-tu comme ça ? A quoi penses-tu ? ». Bien sûr elle aurait répondu par une question. Comme le font les politiciens. Comme lui. « Pourquoi sur un siège éjectable au fait ? ». Il aurait esquivé. Il n’aime pas parler de lui. Lui. Il ne compte pas. Des années que son intérêt s’éclipse derrière les objectifs qu’il a gravés dans le marbre. Une route à suivre toute tracée : cela rassure. Et elle, elle, l’élément perturbateur, avec son sourire, son esprit, son humour, sa génétique, elle ne fait pas partie du plan. « T’es belle Katell » lui a t-il souvent murmuré, allongé près d’elle sur le petit lit pliant installé dans leur cabane. Il ne savait pas pourquoi il lui disait ça, pourquoi il la suivait encore, jusqu’au sommet de la dune, pourquoi il refermait la porte en bois derrière eux. De rares moments, il lâchait prise, oubliait les murs qu’il avait pris soin de monter autour de lui, et Katell l’entraînait dans un vertige qu’il ne pouvait que reconnaître délicieux. « Oh Katell… » Puis les regrets, la culpabilité, la distance. Il ne la voulait pas dans sa vie mais ne parvenait pour autant à la rejeter. Leur amour tel le galet roulait sur la plage, toujours ramené par les vagues mourantes, ballotté. Elle gardait le silence. Depuis cette dernière aube où le coucou, planté dans le grand arbre, jouait selon elle, les tourterelles. Le chant du volatile semble aujourd’hui perturbé. Est-il contrarié qu’on ait attribué ses notes à un animal plus populaire ? Triste coucou, ne savent-ils pas, les Rodrigue, les Chimène ? Les Orphée, les Eurydice ? Le signe, la bonne augure que ton cri exprime, ces matins chagrins, bercés d’amour déçu et d’étreintes passionnées…

Ce texte appartient à mon projet littéraire « Cabane »

2 réflexions sur “[Texte] La Cabane #5

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