{Texte} Tenir encore un peu

Les grains de sable dans les pages du livre, je les laisse, lève le nez et me grise
du vent, du ciel, de ses lumières grises, du sel et de la rumeur des vagues cotentines.
Elles roulent inlassablement, accomplissent leur simple destin de déferlantes, tempêtent et grondent, écument puis,
fatiguées viennent mourir tendrement sur l’estran.
Je ferme les yeux, respire l’odeur des brassées d’oyats que mes doigts caressent et m’élance dans la pente de la dune blonde
comme une enfant.
Mes pieds, mes jambes ne m’appartiennent plus, dévalent la pente poudreuse, encouragés par Celle qui suit, par ses rires heureux qui éclatent dans l’air comme des bulles de savon, et poussent les goélands argentés à prendre leur envol.
Leurs ailes planantes déposent sans doute aucun, à l’orée des nuages crémeux un peu de cette insouciance enfantine. Aussi je ne crains ni grain, ni crachin.
Elle – Celle qui suit – écrit sur la plage d’un doigt les lettres de l’alphabet, glane par-ci par là coquillages, galets et plumes;
invente les traces d’animaux imaginaires, pose ses pas dans les miens.
Je sais que le grand air, le vent, la houle qui a lessivé, balloté son petit corps baigné, auront raison le soir venu,
de sa ténacité.
Alors je la saisirai fondante entre mes bras, noierai ma peau dans sa peau douce et inusée et,
égoïste,
je me repaitrai de tant de douceur gratuite,
de cette odeur d’enfant heureuse,
de ses petits baisers pointus.
Je garderai tout,
tout cela au fond, bien au fond
de cette poche-là.
Je garderai tout pour plus tard,
pour ces heures grises sans elle,
ces matins douloureux et ces soirées d’errance.
Ainsi, j’aurai de quoi tenir encore un peu.

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6 réflexions sur “{Texte} Tenir encore un peu

  1. Magnifique texte d’une mère aimante et pleine de tendresse pour sa fillette avec le partage de la douceur du soir quand les deux corps se calînent pour partager les émotions de la journée. Bien construit, bien emmené, on vous voit dans les dunes de sable et on partage ce moment de doute inquiet de la mère qui voit déjà l’absence future et probable de sa jeune fille quand elle sera devenue plus grande. carpe diem! Ce sont déjà des beaux cadeaux de vivre ces instants et encore un plus beau cadeau pour nous de les lire….

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