{Chronique} Le Prix Jean Follain à Saint-Lô

Saint-Lô. Une ville que beaucoup trouvent malheureusement insipide mais que j’ai appris à aimer et qui pour moi vibre par les mots. C’est la ville qui m’a fait découvrir les ateliers d’écriture, qui m’a poussée à lire mes textes à d’autres êtres vivants que mon chat, qui m’a rendue accro aux mots ; la ville qui m’a mise sur le chemin du poète Alexis Gloaguen , et enfin la ville qui m’a permis de vivre l’expérience pour la première fois d’un prix littéraire : Le Prix Jean Follain, prix qui récompense un ouvrage de prose poétique.

Ce vendredi  8 Janvier, s’est tenue la soirée de lancement du 14e prix Jean Follain 2016. #youpi

prix follain 2016Un prix ? Comment ça se passe ?

  • Les éditeurs envoient des livres à la ville de Saint-Lô et à la bibliothèque.
  • Une première sélection d’ouvrages a lieu en mai. Plusieurs petits groupes lisent au total une cinquantaine de livres et défendent leurs préférés pour aboutir à une sélection de 10 recueils.
  • Un jury final lit les derniers recueils en lice et se réunit en septembre pour délibérer et décider du gagnant avec le président du jury. Cette année, le prix a été lancé par la passionnante Élodie Bouygues, agrégée de Lettres, qui a consacré son doctorat à Jean Follain mais qui en vérité consacre sa vie entière à cet auteur (#dingue). Je reviendrai sur cette femme plus tard dans ce billet…
  • Cette année, le président du grand jury n’est autre qu’Alexis Gloaguen (!!!) grand spécialiste de la prose poétique réaliste, ce que je trouve génial puisque Follain à sa manière était aussi un auteur réaliste (et moi j’aime ce type d’écriture).

Pourquoi j’ai adoré participer au grand jury de ce prix ?

  • C’est déjà pour moi un plaisir de pouvoir lire des gens qui font comme moi de la prose poétique.
  • Cela permet de lire des auteurs et des ouvrages qu’on n’aurait jamais eu idée de lire de son propre chef.
  • Confronter ses idées et ses opinions avec d’autres membres du jury, d’horizons divers, d’âges divers… c’est très enrichissant. J’ai tissé des liens avec certains membres du jury 2014 et c’est un plaisir de les recroiser. C’est excitant de se prendre au jeu, d’argumenter au mieux pour défendre son auteur-chouchou…

Mais c’est quoi la prose poétique ?

 En voilà une grande question qui fit d’ailleurs débat en 2014 pendant les délibérations. Parce que c’est quoi d’abord de la prose poétique ? Ce n’est pas de la poésie (avec toutes les règles strictes qui vont avec, règles de strophes, de rimes, de pieds…). Ce n’est pas du théâtre. Ce n’est pas de l’ordre du roman. Bon, bon, bon cela ne nous avance guère. C’est de la poésie en vers libres mais Follain préférait bien l’appeler prose poétique. « Une poésie sans règles qui invente sa propre harmonie » (Histoire de la poésie française – Robert Sabatier).

En fait, force est de constater que tous avons notre propre perception et définition de la prose poétique. C’est une sensibilité. Moi même j’ai la sensation d’en faire un peu mais est-ce le cas ? Le prix Follain ne peut de toute façon pas récompenser un auteur de poésie classique puisque Follain n’était pas un classique.

 Les auteurs que j’ai aimés il y a deux ans :

  • Amandine Marembert (Les Arêtes) avec « Et s’il ne parlait pas ? » gagnante du Prix 2014
  • Christine Van Acker (Esperluète) avec « La concordance du temps »
  • Lou Raoul (I. Sauvage) avec « Else avec elle »
  • Antoine Wauters (Verdier) avec « Nos Mères »

 Et alors c’est qui Jean Follain  ?

Jean Follain était un artiste emblématique pour Saint-Lô : écrivain et poète né à Canisy, non loin de là. Elodie Bouygues aurait pu nous parler de Follain des heures durant ce soir… Oui j’en reviens à cette femme qui a animé cette soirée de lancement du prix Follain à la médiathèque de Saint-Lô. Au delà de ses études, une chose INCROYABLE est arrivée à Elodie. Elle est devenue en 2003 l’ayant droit du fond Follain (j’ose même pas imaginer l’émotion qu’elle a ressenti ce jour-là). Le fond Follain c’est tout le passé de l’auteur, toutes ses archives,  des archives riches et nourries de mille trésors. Bouts de nappe griffonnés, brouillons de textes (Follain était un travailleur perfectionniste et obsessionnel incroyable, réécrivant ses poèmes en 8 versions différentes), sous-bocks illustrés sur un coin de zinc, gants de communiant, collection de revues, de journaux, de cartons d’invitation à des vernissages… J’en passe… Comment est-ce possible ? Follain est mort en 1971 et sa veuve Madeleine (qui était peintre) lui a survécu 25 ans. Elle donna un premier fond d’objets au musée des Beaux-Arts de Saint-Lô (tiens j’ai écrit un billet sur ce musée ici) . C’est leur neveu (ils n’ont pas eu d’enfant) qui hérite du fond mais il ira trouver Elodie à l’IMEC pour lui proposer de gérer dorénavant ces archives ultra-fournies. Aujourd’hui elle est en relation avec les maisons d’édition qui souhaitent rééditer des textes de Follain #passionnant; mais le fait de disposer d’un tel trésor lui permet de proposer de nouvelles choses aux éditeurs, tels que des textes inédits #superpassionnant. Par exemple à sa mort, Madeleine a réécrit bon nombre de textes non édités (oui Madeleine était une sacrée coquine), allant jusqu’à jeter des brouillons, offrir des manuscrits, rayer les textes avec son propre crayon… Elodie essaie aujourd’hui de reconstruire les textes originels pour qu’ils puissent être un jour édités. Un travail de titan !

Pour finir ma chronique (j’espère que ça vous a intéressé) je conclue avec quelques textes de Follain et pars sur la pointe des pieds ! Merci de m’avoir lue 🙂

follain 2016

« La joie parfois
De s’approcher
Du silence qui a la teneur
D’un corps de jeune fille. »

***

« L’écolier qui balayait la classe
à tour de rôle était choisi
alors il restait seul
dans la crayeuse poussière
près d’une carte du monde
que la nuit refroidissait
quelquefois il s’arrêtait, s’asseyait
posant son coude sur la table aux entailles
inscrit dans l’ordre universel. »

***

« Il arrive que la vaisselle tombe des mains des femmes. C’est dans un estaminet à plafond bas. La servante pousse un cri. Les meubles n’ont pas un craquement. Le plat s’écrase à terre, montrant sa cassure sombre. Pourquoi alors avoir le sentiment que le monde est merveille ? »

***

« « Ah ! bien, que voulez-vous », car l’on sait qu’il ne manquait pas d’accrocs dans le tissu du monde »

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