{Texte} La salle de sport

Cet article participe au rendez-vous mensuel « Mots éparpillés » de Margarida Llabres et Florence Gindre, projet inspiré par « Mots sauvages » de Cécile Benoist.

Oh-et-Puis

Est-ce ce regard croisé qui l’a marqué ?

Un de ces regards clairs qui traverse de part en part, pénètre l’être pour y rester. Est-ce à cause de ce regard posé dans ses yeux à lui, à peine quoi une demie seconde, qu’il a alors laissé sa place sur le banc alors qu’il enchaînait ses exercices répétitifs ; est-ce pour tout cela qu’il fut poussé à laisser la fonte à un type qui se mit alors à cracher sa vie à chaque effort ?

Il quitta l’espace musculation, lui qui d’habitude se contente de son confinement ; territoire d’emblée réservé aux hommes, odorant : sueur, testostérone, déodorant bon marché ; territoire lourd d’humidité stagnante, mélange des buées corporelles, émanées de corps surentraînés, martyrisés, aux membres soit surgonflés, soit désespérément rachitiques.

Est-ce parce qu’il est sorti de cette cachette donc – repère de prédateurs s’admirant en plein effort dans le miroir du mur opposé, les artères saillantes, prêtes à exploser à chaque levée de poids, miroir qui sert aussi à espionner les reflets des femmes, queues de cheval en mouvement, fesses moulées dans du lycra, poitrine bondissant à chaque foulée ; est-ce parce qu’il a abandonné son monde qu’elle s’est alors approchée de la fontaine, sorte de frontière implicite ; est-ce parce qu’elle a rempli sa gourde en lui souriant ; est-ce parce que le regard, la fontaine, le sourire, qu’il la suivie, qu’il lui a parlé, qu’ils ont rit, qu’il a obtenu son prénom ? Est-ce à cause de tout cela que tout peut commencer là, dans le temple de la transpiration ? Tous les jeux risqués de l’amour, ceux de ces hommes qui s’accrochent à un regard et croient lire « viens à moi », et pour lequel ils se montrent par la suite incompétents, tant leurs fantasmes étaient bien trop grands pour leur si petite carrure.

Et lui il est venu avec le mérite d’avoir osé et s’il a eu dans sa tête des idées très salaces, un peu porno même; il s’est pas montré trop lourd et, en partant à bombé le torse, la démarche lente et altière, entièrement tournée vers ces pas qui l’emportent vers la nouveauté, un sourire aux lèvres sur son visage radieux, puis, sur la vieille devanture face à la salle de sport, dans l’obscurité de cette soirée de novembre, il a tagué en partant « Le porno est le bêtisier du désir ».

Découvrez les autres participations de ce mois-ci :

Margarida Llabres de « Les mots de Marguerite »,
Jacou de « Les mots autographes »,
Laura du « Carnet d’Efie »,

6 réflexions sur “{Texte} La salle de sport

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