{Texte} El Chaparral #2

La Femme qui fait la tronche – Torrevieja

femme qui fait la tronche

Au bord de la piscine, à l’ombre, la femme qui fait la tronche tous les jours, est assise les genoux pliés sur sa poitrine. Elle caresse d’une main le dos de son pied, les yeux dans l’eau turquoise et chlorée, planqués derrière ses larges lunettes de soleil noires.

Elle a de l’allure la femme qui fait la tronche; bien qu’avec ses grands carreaux posés sur le nez, ses cheveux bruns ramassés en un haut chignon brouillon, le cou dressé, le port altier, on dirait une mouche ou peut-être même une mante religieuse traînant près d’un point d’eau.

Elle fait la tronche.

Elle regarde les Anglaises, les Allemandes, leur corpulence, leur corps dilaté. Elle se dit « vieillir c’est pas beau » et se demande aussi s’il l’aurait aimée lui, avec la peau relâchée, la poitrine tombante, la panse vers les pieds, des plis dans le dos, l’épiderme fripé…

Aurait-il pu l’aimer comme ça dans 20, 30 ans ?

Comment le savoir, il s’est déjà barré alors que rien de son corps à elle, ne subit encore la loi de la gravité. Enfin presque rien encore…

Voilà à quoi songe la femme qui fait la tronche sur le bord de la piscine, cette femme qui cache comme elle peut la peau que ne couvre pas son maillot de bain blanc. Elle est triste et inconsolable, voilà pourquoi elle fait la tronche. Elle a ses raisons. De bonnes raisons.

Elle regarde les gamins barboter en se souvenant qu’elle était prête, qu’elle en voulait un avec lui, mais qu’il l’a plantée. Elle se sent seule et pas aimée, laide et pas aidée. Alors elle laisse derrière les carreaux de ses lunettes, elle laisse ses yeux s’embuer doucement, très doucement. Elle se dit que ça se voit pas qu’elle pleure et puis elle colle sur son visage un sourire aimable, comme ça les autres, les Anglaises, les Allemandes, les vacanciers, ils ne se rendent pas compte qu’elle chiale. Ainsi souriante, les yeux mouillés derrière ses lunettes, cette femme certes à ce jour seule mais épargnée par la gravité, ne fait en quelque sorte, plus vraiment la tronche…

Ce texte appartient à la série El Chaparral. Pour relire le #1 CLIQUEZ ICI

🙂

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