{Texte} Le Réfectoire

Bonjour à tous, voici un petit texte avant quelques temps de silence, puisque votre petite blonde est en vacances ! Bonne lecture et @bientôt !

Claire

refectoire

« Vous me regardez, affirma t-elle à cet homme, campée sur ses talons hauts.

Elle l’avait rejoint, en traversant le réfectoire. Attablé, il la regarda à la fois interdit et interloqué. Muet.
– Vous me regardez, insista t-elle encore, d’un ton assuré.
– Pardon ? Parvint-il à balbutier, gêné.
– Pas la peine de nier. Je vous vois me regarder depuis tout à l’heure et ce n’est pas la première fois. Même si moi je ne vous regarde pas vraiment, et bien sachez que je vous vois me regarder. Je voulais vous le faire remarquer.

L’homme sourit et se reprenant :  « Et bien oui, je l’admets je vous regarde. Je déjeune et je vous regarde pendant que vous aussi vous déjeunez. C’est dit. Je vous regarde et j’aime cette manière que vous avez de plier la salade avec le dos de votre couteau . Je vous trouve jolie et je vous regarde. Assez souvent. A chaque fois que cela m’est possible même et depuis un petit moment. Qu’en pensez-vous maintenant ? »

Les joues de la jeune femme se chargèrent brusquement de rose. Elle ne s’attendait pas à une telle réponse. Elle avait pris sur elle pour faire un pas vers lui, l’interpeller, lui faire comprendre que ce petit jeu avait assez duré, qu’il fallait tourner la clef de contact et démarrer la relation. Ils n’avaient que trop l’habitude des regards. Les tous premiers étaient timides, à peine posés sur l’autre, à la dérobée pour ne pas s’agresser. Les suivants étaient bienveillants et amicaux, semblant dire « Vous existez et je vous vois maintenant… ». D’autres regards s’ensuivirent plus appuyés, des regards flattés, profonds et rêveurs, souriants et charmeurs. Et puis souvent l’homme et la femme ne se croisaient plus pendant un moment. Les yeux de la femme cherchaient l’homme en vain, dans les couloirs, dans les placards et dans les bars… Et l’homme guettait la femme dans le réfectoire, dans les miroirs, dans les bazars. Lorsqu’enfin de nouveau ils s’apercevaient : joie et changement de rythme du cœur. Nouveauté. La femme plongeait dans l’œil bleu de l’homme, une immensité azure, et, doucement lui souriait. L’homme quant à lui baissait simplement le nez, dissimulant son émotivité.

L’homme aurait pu jouer ainsi longtemps, passant son heure de déjeuner, les yeux rivés non pas sur son assiette mais sur la jeune femme fluette. Elle, en perdit à la fois l’appétit et la patience. Comme elle avait besoin de sucres pour ne pas faillir et que la patience n’avait jamais été son fort, elle s’encouragea et engagea la conversation persuadée qu’il n’oserait jamais. Après tout que risquait-elle ?

« Vous me regardez » c’est tous ce qu’elle trouva à dire et l’homme lui avoua qu’il la trouvait jolie. Et maintenant ?

Boire un café, échanger, se découvrir, s’apprécier, sortir, se rencontrer, se sourire, rire, s’apporter, se toucher, s’aimer, s’apprivoiser, s’aimer, s’aimer, s’apporter, choyer, se lover, s’installer, construire, construire, s’accoutumer, s’user, s’oublier, s’oublier, déconstruire, défragmenter, exploser, se quitter.

La femme fixa l’homme campée sur ses talons hauts dans le réfectoire et l’homme observa la femme. Puis chacun détourna le regard de l’autre, et le corps, reprenant sa vie, sa zone de confort, loin des risques et des paris de l’amour…

6 réflexions sur “{Texte} Le Réfectoire

  1. Ha ha ! Je prends le temps de lire ce texte alors que tes vacances se terminent…
    Tu sais à quel point j’aime les rencontres. Celle-ci ne déroge pas à la règle et même plus.
    J’aime cette simplicité : Il la regarde. Elle s’en aperçoit, elle va lui dire.
    Il confirme. Oui je vous regarde. Et maintenant ?
    Et maintenant comme tu le dis si justement, il faut lancer les dés de la vie et de l’amour.

    On ne tombe pas toujours sur un double six, parfois même il n’est même pas besoin de prendre la peine de lancer les dés, il vaut mieux aller débarrasser son plateau près des cuisines.
    Mais parfois, se jeter à l’eau ce n’est pas si mal. Prendre des risques tout en sachant qu’on en prend. Et puis s’assurer un peu pour ne pas faire de bêtises, juste pour être sûr de ne pas tomber de trop haut si ça se passe mal. Toujours garder un jeton caché dans la poche pour pouvoir rejouer si nécessaire après avoir tout perdu.

    Quand on s’apprête à se jeter à l’eau d’une falaise de 10 mètres, qu’est-ce qui a le plus d’importance finalement ? L’acte de sauter qui durera quelques secondes ou bien la température de l’eau dans laquelle on va nager plus ou moins longtemps ?
    Passe de bonnes vacances The blonde.
    Bises
    W.

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  2. Très joli texte ..tellement au reflet de la réalité..J’ai particulièrement apprécié la suite de verbes, l’enchaînement fatal d’une histoire d’amour..Mais peu importe la chute, ces petits regards, on les recherche encore et encore 🙂

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