{Texte} Communication interne

fragments de bureau

Les toilettes du 2e étaient situés juste à côté du bureau de Christophe. En s’y rendant, elle passerait forcément devant lui. Il y avait donc des chances pour qu’il la remarque. Il travaillait en face de la porte donnant sur le couloir. Il ne fermait jamais cette porte. Elle comptait bien à chaque pause toilettes, mettre toutes les chances de son côté. Alors chaque fois qu’elle devait s’y déplacer, elle voulait être sûre d’être assez jolie : bien coiffée et apprêtée. Elle tenait absolument à ce que son maquillage soit parfait et se voulait physiquement irréprochable, dans le cas où son regard à lui, se poserait enfin sur elle. Elle monopolisait ainsi les toilettes du 3e étage juste pour vérifier son reflet dans le miroir, avant de retourner à son étage et prendre le chemin des commodités du 2e. Elle prenait au moins trois pauses de ce type dans la journée. Son employeur lui reprocha de quitter trop longuement son poste chaque fois et invoqua cette raison au moment de son licenciement. Christophe ne l’aborda jamais. Le jour de son départ, il ne vint pas même la saluer.

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Jour de paye et Portes-ouvertes ne devaient leur surnom qu’à leurs braguettes régulièrement ouvertes ou mal fermées. Jour de paye avait l’habitude de se poster dans l’embrasure des portes de bureau, un mug de café à la main, le coude appuyé sur le chambranle, mais la braguette de son pantalon béante. Ses collègues gloussaient la plupart du temps sous ses yeux et lui, mettait naïvement cette attitude sur le compte de son charisme inné.

Portes-ouvertes très étourdie, avait tendance, assise sur les toilettes à laisser vagabonder son esprit le temps de sa petite affaire. Perdue dans ses fantasmes et ses rêveries, elle reboutonnait mal ses jeans ou remontait de moitié les fermetures de ses jupes-crayons. Ces fautes d’inattention lui valaient les moqueries de ses collègues hypocrites, faussement bienveillantes à son contact mais terriblement médisantes en son absence,

Ce sont ces mêmes collègues qui affublèrent ainsi la rousse de la compta et le commercial enjoué, de ces petits surnoms.
Un jour, Jour de paye rencontra Portes-ouvertes à la machine à café. Ils étaient tous deux débraillés comme à leur habitude. Ils tombèrent sous le charme aussitôt l’un de l’autre et prirent de nouvelles habitudes vestimentaires. Il leur arrivait fréquemment le midi, de se jeter l’un sur l’autre dans les réserves du travail, et de se déshabiller avec fougue. Dans la précipitation, chaque fois chacun aidait l’autre à se rhabiller correctement. Leur collègues n’eurent plus matière à se moquer d’eux. Plus de braguette ouverte, de boutons oubliés, de jupe coincée dans l’élastique de culotte. Déçus, ils furent obligés de trouver d’autres surnoms à quelques-uns d’entre eux.

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Simon appréciait Vanessa et Vanessa appréciait Simon mais tous deux perdaient leurs moyens face à l’autre. En longeant le couloir où se trouvait le bureau de Vanessa, Simon se mettait toujours en condition et, passant devant la porte, jetait un regard appuyé à Vanessa. Souvent, il dépassait la porte puis faisant un pas en arrière, osait passer la tête dans la pièce pour lâcher quelques mots à Vanessa et lui montrer qu’il existait. Il ne trouvait jamais rien d’autre à prononcer qu’une petite boutade qu’il regrettait chaque fois d’avoir lancée. Il fuyait alors rapidement, sans attendre la réponse de Vanessa, honteux.
« Pourquoi me suis-je moqué d’elle ? Ça arrive de renverser son café…Elle va croire que rien ne me plaît chez elle… » regrettait-il.

Vanessa chaque jour espérait que Simon daigne venir la saluer dans son bureau. Malheureusement, lorsqu’enfin il passait le bout de son nez par la porte, Vanessa assise à son bureau, n’était jamais à son avantage. Lundi elle était totalement avachie sur sa chaise, mardi elle baillait à s’en décrocher la mâchoire, mercredi elle se remettait du déodorant sous les aisselles, jeudi elle renversait son café sur son clavier et vendredi elle était au téléphone. « Chaque fois qu’il passe j’ai l’air d’une quiche et je ne parviens pas à en placer une » pensait-elle dépitée. Ainsi, Vanessa ne se trouvait pas à la hauteur de Simon et Simon se trouvait trop nul pour une fille comme Vanessa. Leur manque de confiance fut bel et bien la seule chose qu’ils ne purent jamais partager.

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